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  • Fairouz GUEDIRA

Qu'est-ce qu'une bonne décision ? Bonne pour qui ? Pour le prévenu ? Pour la société ?




Je viens de lire une seule traite le nouveau roman de Karine Tuil, «  La décision ». C ’est une auteure que j’ai découverte avec « L’invention de nos vies », un de ses précédents romans. J’admire sa plume et la manière dont elle décrit la psychologie humaine.


Comment décider ? Cette question, qui m’a toujours fasciné que ce soit pour des décisions personnelles ou professionnelles, est au cœur de ce roman.

Ici, le personnage principal, Alba Revel, juge d’instruction dans le pôle antiterroriste est confrontée à deux décisions cruciales, l’une pour sa vie personnelle et l’autre, pour la société. Mais qu’est-ce qu’une bonne décision ? Quelles sont les critères qui permettent de la qualifier ainsi ? Comment être certain de la prendre ?

En effet, elle doit se positionner sur la mise en liberté d’un jeune français Abdeljalil Kader, de retour de Syrie, soupçonné de radicalisation alors qu’il met en avant sa naïveté. Pour statuer sur son cas, elle doit évaluer sa dangerosité et apprécier le risque d’attentat potentiel en ayant conscience que ce n’est pas une science exacte. Faut-il le laisser en prison ou le relâcher en le laissant sous contrôle judiciaire ? Est-il juste de l’emprisonner sur de simples présomptions ? Alors qu’il n’a encore rien fait ?

La  décision est d’autant plus difficile à prendre que la défense de ce dernier est assuré par son amant : comment décider en toute impartialité, en son âme et conscience ?

L’autre décision abordée par l’héroïne concerne sa vie conjugale : doit-elle mettre fin à son couple sachant que c’est sa vie de famille qui lui apportait jusque-là de la force et de la stabilité face à son environnement professionnel très noir ? Ici, Le roman entremêle ces deux dilemmes. Le suspense sera habilement mené jusqu’aux décisions finales !

Le travail d’enquête et la retranscription des interrogatoires m’ont particulièrement captivée et, je me suis demandée à maintes reprises quelle place l’héroïne avait-elle donné à l’intuition quant au sort du jeune homme.

Attention, bien que je ne souhaite pas vous dévoiler le dénouement, si vous souhaitez lire le roman, certains détails pourraient vous le faire deviner.

 

Et quelle part prend l’intuition dans nos processus de décision ?

Comment décider face à la quantité d’informations, dont nous disposons souvent ? Ou, au contraire lorsque nous n’en disposons pas assez ou n’avons pas le temps d’analyser toutes les données à notre disposition ? 

Une décision peut se prendre avec le mental uniquement, en utilisant la logique mais selon moi, l’intuition nous permet d’avoir une vision plus fine, plus large et d’étayer notre réflexion.

L’intuition permet d’avoir accès à des informations à l’aide de perceptions immédiates qui ne font pas appel au raisonnement. On sait sans savoir comment on sait. Ces informations peuvent nous venir notamment par des pensées, par une petite voix, par des ressentis corporels ou des images. Apprendre à décoder la manière dont l’intuition s’invite chez nous permet d’identifier plus facilement la voix de l’intuition.

Le mental regroupe l’ensemble de nos facultés rationnelles et intellectuelles. Très souvent, le mental s’appuie sur l’expérience et les événements passées, bonnes ou mauvaises.

IL n’est pas toujours facile de les différencier.

Quelques pistes : l’intuition est une fulgurance, elle est rapide, neutre  et globale. Le mental, lui, est plus bavard, il explique, il donne des détails et justifie.

Je suis convaincue que pour décider, intuition et réflexion peuvent se compléter.

L’inconvénient de notre mental est qu’il est souvent dirigé par la peur et qu’il rentre en scène pour nous alerter d’un danger et nous protéger. Dès qu’une pensée sort un peu du cadre habituel, elle peut être sabotée par plusieurs autres, plus rationnelles et plus raisonnables.

Souvent, nous ne reconnaissons pas notre intuition car elle peut être mise à mal par nos préjugés, nos a priori, des biais cognitifs, nos croyances qui nous empêchent de l’écouter et aussi par la peur. Le stress, aussi, en nous empêchant de nous connecter à notre intériorité, compromet l’accès à notre sagesse intérieure.

 

Quel est le processus de décision d’Alba, tel qu’on peut le comprendre du roman ?

Alba s’appuie sur des éléments « rationnels » ou « techniques » et sur l’avis d’un ensemble de spécialistes :

1. Les conclusions de l’enquête de faisabilité pour la libération sont positives. Kacem se conduit très bien en prison. « L’enquête de personnalité (….) le décrit peu influençable et soucieux d’engager des démarches de réinsertion. Un psychiatre et un psychologie l’ont aussi examiné  récemment : il est calme, cohérent, déterminé à vivre une vie sans histoire ».

2.       La famille de Kacem l’entoure, sa mère affirme qu’elle va l’accueillir

3.       Le maire de la ville a trouvé un emploi pour sa mère et le maire s’engage à œuvrer pour sa réinsertion.

4.       Il a une femme et un jeune enfant.

5.       Il n’y a aucun fait à lui reprocher si ce n’est ce court séjour en Syrie

6. Le suspect réfute les accusations, certes il est croyant mais était en Syrie pour des raisons humanitaire.   « {Il} a exprimé ses regrets à plusieurs reprises ».

7. Alba intègre son expérience professionnelle : « Mon métier m’a appris que l’homme n’est pas un bloc monolithique mais un être mouvant, opaque et d’une extrême ambiguïté, qui peut à tout moment vous surprendre par sa monstruosité comme par son humanité ».

8.       De nombreux suspects dissimulent leur vraie conviction. Un mot venant de l’arabe est d’ailleurs utilisé pour cela : la taqiya ,  la dissimulation.

 

Quels sont les croyances ou a priori d’Alba ou de l’équipe qui l’accompagne ? Il ne s’agit pas de les critiquer mais juste de les mettre en lumière

1.       Son expérience personnelle d’abord : son père a été incarcéré de nombreuses années et a sombré dans la criminalité après sa libération. Elle sait le tort que la prison peut causer et comment elle peut « abimer » des prisonniers.

2. Sa conviction : « toutes mes décisions je les prenais avec ses mots en tête : ne comptez pas la prison par années ni par mois, mais par minutes et par secondes tout comme si vous deviez la subir vous-mêmes ».

 

3.       Elle entend son amant dont elle est passionnément amoureuse, lui répéter qu’il n’y a aucune preuve d’accusation de Kacem, que la prison c’est précisément le terreau de la radicalisation et de la haine.

 

4.       On n’accorde aucun crédit au codétenu d’Abdeljalil qui dit qu’il est d’un caractère très difficile et qu’il ait preuve de prosélytisme islamique à son  égard.

 

5. Elle croit en la beauté de l’âme humaine : « Je le crois sincère.

Et s’il dissimule ? [dit-elle]

J’ai envie de croire qu’Abdeljalil  est récupérable ».

« mon métier, c’est l’appréciation de la dangerosité mais aussi croire en l’être humain. Je veux continuer de penser qu’une personne peut se ressaisir et changer. »

 

Et l’intuition d’Alba ?

Quels sont les signes que semble lui envoyer son intuition ? A quoi devine-t-on que son intuition lui envoie des messages ?

Dans le roman, son intuition semble lui dire d’être très prudente alors que tous les voyants sont au vert et favorable à une remise en liberté. Peut-elle  écouter son intuition alors que les prisons sont engorgées ?

Par ses ressentis «  Par moment son regard fixe, absent, m’inquiète un peu : je n’en cerne pas les intentions. Je finis par me convaincre que je dois le juger pour ce qu’il a fait et non pour la crainte qu’il m’inspire ».

« je pense qu’on doit être très prudent »

 

Heureusement, nous ne sommes pas tous confrontés à des décisions qui peuvent avoir des répercussions aussi dramatiques que la survenu d’un attentat ou le sort d’un homme et je retiens une citation du roman  que je fais mienne : « le risque de prendre une mauvaise décision n’est rien comparé à la terreur de l’indécision »

N’est-ce pas à nous dans ce cas de faire qu’une décision, même mauvaise, nous fasse avancer et apprendre, voire transformer ses conséquences en événements positifs ?

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